Ces radeaux qui nous médusent

 

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Les sargasses forment des radeaux épais qui ne laissent pas passer la lumière. ©DR

Depuis 2011, les habitants des îles caribéennes subissent régulièrement l’assaut de ces algues que l’on appelle les sargasses. Aujourd’hui, elles recouvrent plusieurs milliers de mètres carrés de mer et de rivages tandis que leur décomposition dégagent des effluves pestilentielles. En 2018,  l’ampleur et la durée de ces échouages sont devenus sans précédent.

 Déjà au XVèmesiècle….  « Cela fait six mois qu’elles sont là s’exclame  Jocelyne Traventhal-Hatchi, porte-parole du collectif anti-sargasse de Guadeloupe. Six mois que nous supportons H₂S et NH₃, deux des gaz toxiques identifiés dans leurs émanations, composés d’hydrogène et d’ammoniaque ! ». On ajoutera que, selon leur nature et leur provenance, elles peuvent également dégager d’autres éléments actifs – comme l’arsenic – ce qui accroît les craintes de la population. Au mois d’avril les écoles ont déjà du être fermées pour protéger les enfants de ces gaz dangereux pour leur santé… Mais d’où viennent ces algues ainsi baptisées par Christophe Colomb lorsqu’il découvrit une mer couverte de ces radeaux végétaux, dans l’Atlantique nord au bord du Gulf Stream ? Semblables à de petits arbres, avec un tronc, des branches, des feuilles et des flotteurs qui leur permettent de rester bien droites sur le fond des océans et de flotter quand elles se décrochent, elles sont d’origine tropicale et apprécient peu les eaux froides et tempérées.

Un effet de serre qui n’arrange rien !  Dans les récifs, elles recouvrent les coraux morts et sont le signe de leur mauvais état écologique. Mais en Méditerranée, elles sont une oasis de vie pour certaines espèces en voie de disparition : grâce à leur port dressé et à leur taille, elles jouent en effet un rôle écologique important dans les petits fonds où elles peuvent former de véritables forêts sous marines servant d’abri aux poissons et crustacés. (source The conversation). A ce jour, les sargasses prolifèrent partout sur l’océan Atlantique, sous forme de très longs filaments formés par les vents, de petites taches ou d’individus isolés, les radeaux géants étant plus rares et généralement constitués de différentes espèces dont une forme encore inconnue mais…. la plus abondante ! Le phénomène serait lié à l’élévation des températures de l’eau : 93 % de la chaleur accumulée sur terre entre 1971 et 2010 – principalement en raison de l’intensification de l’effet de serre – ont été stockés dans l’océan. Celle-ci serait provoquée par le dérèglement climatique et les nutriments charriés jusqu’aux embouchures maritimes des grands fleuves, en particulier ceux lessivés par les pluies sur les sols déforestés de l’Amazonie.

GUADELOUPE-FRANCE-ENVIRONMENT

L’échouage des sargasses  sur les plages est devenu un problème de santé publique. ©DR

Des questions encore sans réponse.  En attendant les résultats des analyses scientifiques, le risque sanitaire n’est pas sans inquiéter les médecins locaux : « lorsque l’on constate leurs effets sur le matériel électronique ou sur de simples pièces de monnaie qui, en quelques jours, deviennent toute noires, on peut se poser des questions sur leur répercussion sur l’organisme. Pour le moment, nous n’avons pas de réponse. Mais nous savons que des expositions à des taux élevés de sulfure d’hydrogène sont équivalentes à celles du cyanure, donc potentiellement mortelles par atteintes neurologiques. A petites doses et sur le long terme, ne va-t-on pas obtenir le même résultat ? » s’inquiète Stéphane Catoni, médecin à Capesterre. Pour les auteurs du rapport de l’Anses de mars 2017, les conclusions sur leurs conséquences sanitaires sont claires : « la majorité des études met en évidence, chez l’humain, des symptômes irritatifs des voies aériennes supérieures et des yeux. De plus, les données animales apportent des preuves solides sur le fait que l’appareil respiratoire est une cible sensible de la toxicité de l’H2S ». D’autres études sur l’homme et l’animal avancent que l’exposition sub-chronique et chronique à l’H2S pourrait entraîner des effets neurocomportementaux et des symptômes neurologiques (maux de tête, perte d’équilibre, perte de mémoire, modification des capacités d’apprentissage…). Les résultats d’un rapport épidémiologique publié en 2016 suggèrent quant à eux des effets cardiaques à court terme en lien avec une exposition à des concentrations moyennes journalières d’H2S entre 5 et 50 ppb (soit entre 7 et 70 μg.m-3)». L’été arrivant, espérons que les plages seront vite dégagées. Sinon, il reste encore la campagne et la montagne… JP.Z

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