Océans acides. Il est temps de changer de cap !

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Acidification des océans : risque sur les mollusques (crédit : http://ocean.si.edu/ocean-acidification)

Certes, personne n’ignore que les mers et les océans sont salés, mais sait-on qu’ils sont de plus en plus acides ? Dans une récente publication, le Commissariat général au développement durable rapporte les travaux des chercheurs sur cette question, notamment ceux présentés lors de la 12e Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (Corée, 2015). Et le moins que l’on puisse dire est que ces grandes étendues d’eau vivent des bouleversements majeurs : « l’acidité des océans, explique-t-on dans ce document, devrait augmenter de 170 % d’ici 2100, entraînant de lourds impacts écologiques (récifs coralliens plus fragiles, migration des espèces…) et donc des impacts économiques et sociaux. » L’origine en est connue : le CO2 qui n’est pas seulement rejeté dans l’atmosphère (provoquant au passage l’effet de serre) mais qui se dissout aussi dans l’eau de mer, sous forme d’acide carbonique, « entraînant une baisse du pH de l’océan ». En fait, celui-ci se comporte comme une véritable « pompe à carbone », puisque « près de 30 % du dioxyde de carbone anthropique a été ainsi absorbé par les eaux marines ».

Dérèglements naturels en cascade. Alors, quel impact ? Tout en sachant que le réchauffement climatique pourrait accélérer le processus, que l’acidification n’est pas « homogène » à l’échelle du globe et que les effets sur les écosystèmes sont difficiles à quantifier, les auteurs détaillent d’ores et déjà les premières conséquences de cette acidification. Des contrecoups de tous ordres qui peuvent se renforcer les uns les autres (le fameux effet « boule de neige »). En premier lieu des organismes touchés, les coccolithophores, de minuscules algues unicellulaires présentes dans tous les bassins océaniques, dont la masse a diminué par exemple de 30 % en 13 ans en Méditerranée. Or, ces corps ont non seulement la particularité de piéger le carbone mais en plus, ils constituent le premier maillon de la chaîne trophique (alimentaire) des océans et produisent la moitié de la calcite (une sorte de calcaire) qu’ils contiennent. De leur sort va dépendre notamment celui des récifs coralliens (affaiblissement des structures), algues calcaires (réserves de nourriture des espèces herbivores) des mollusques (impact négatif décelé aujourd’hui sur la mortalité des ormeaux), des poissons (« plus forte vulnérabilité des stades juvéniles »). Certains s’adapteront, mais pas forcément dans le bon sens.

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Des sources multiples . © Cité des Sciences

 Menace sur l’océan = menace sur la planète. L’espèce humaine n’échappera pas à cette logique d’affaiblissement. L’économie des communautés côtières va souffrir à des degrés divers, selon qu’elles sont regroupées en « mégapoles continentales » ou en « petits villages insulaires » : pêche, aquaculture, tourisme… Quoi qu’il en soit, la conchyliculture (élevage de coquillages) est « reconnue, y compris par les professionnels du secteur, pour être la principale activité impactée par l’acidification des océans ». Quant aux stocks de poissons, on sait qu’il se déplacent en fonction de la chaine alimentaire (avec, à la clé, une modification de la biodiversité). Sans oublier que la diminution du corail favorise l’érosion des côtes. Face à cela, et malgré les études déjà publiées, les auteurs appellent la communauté scientifique à renforcer ses recherches (pluri- ou trans-disciplinaires) sur les « implications multiples » de l’acidification des océans. Car celle-ci, au fond, n’est qu’une des nombreuses « pressions qui impactent les écosystèmes océaniques ». Parmi, elles, signalons le réchauffement et la stratification plus marquée des masses d’eau, la sévérité des épisodes hypoxiques (déficit en oxygène) ainsi que les pressions anthropique (relative à l’activité humaine). Individuellement elles sont déjà trop importantes et nous imposent de freiner avant le mur. Ensemble, elles risquent bien de nous précipiter dans le gouffre. GRdV

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