Bénin. La métamorphose des « fleurs du mal »

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Les jacinthes d’eau sont collectées pour assainir le lac au cours d’opérations menées par les villageois. D.R.

Lac Nokoué, à 35 km au nord de Cotonou, capitale économique du Bénin… Sur ses rives, la plupart des villages lacustres vivent de la pêche. Celui de Sô-Ava partage avec les communes avoisinantes le même questionnement et la même inquiétude : les jacinthes d’eau vont-elles réduire à néant leur seule et unique source de revenu ? Flottant à la surface du lac, elles se développent à une vitesse phénoménale, semant le désarroi chez les pêcheurs en empêchant la circulation de leurs embarcations et en asphyxiant les poissons après avoir capté l’oxygène de l’eau.

D’étonnantes capacités d’absorption. Une menace face à laquelle David Gnonlonfoun, un ingénieur en bâtiment franco-béninois et Fohla Mouftaou un pédiatre belgo-béninois ont décidé de réagir. A priori, rien ne les prédestinait à se rencontrer et à s’entendre sur un projet commun. Si ce n’est celui d’investir dans une opération susceptible de sauver une population et un environnement en souffrance dans leur pays d’origine. La jacinthe d’eau va leur en donner l’occasion. L’idée est simple : pourquoi ne pas transformer cette plante, considérée comme l’une des plus envahissantes qui soit, en opportunité environnementale et économique ? Il est en effet acquis que sa tige, sa feuille et sa racine, après transformation, font preuve d’étonnantes capacités d’absorption et de filtrage (ses fibres peuvent absorber jusqu’à 17 fois leur poids selon les liquides !). Le pari était cependant loin d’être gagné !

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La pêche est la principale ressource pour la habitants des villages situés sur les rives du lac Nokoué. D.R.

 Une bio-raffinerie non loin du lac. « La jacinthe d’eau est la plante la plus invasive au monde : 10 plants peuvent en générer 800 000 en moins de 8 mois » explique David Gnonlonfoun. La « matière première » ne manque donc pas… Reste à trouver le bon process. En 2014, les deux associés créent la start-up Green Keeper Africa et quelques mois plus tard, un accord signé avec la société mexicaine Tema, spécialisée depuis plus de 10 ans dans le traitement de la jacinthe d’eau – essentiellement pour lutter contre les marées noires – leur permet d’ouvrir en mars 2015 une bio-raffinerie à proximité du lac. Des opérations de collecte des jacinthes sont régulièrement mises en place, mobilisant plus de 700 « ramasseurs » qui, après les avoir réparties dans des sacs de 10 kg, partent les vendre à la raffinerie. Le lac est ainsi régulièrement nettoyé et les plantes transformées en produits divers : bio-fertilisants pour les productions maraîchères en remplacement des pesticides, composants alimentaires pour les nombreux élevages de lapins situés dans la région, granulés absorbant pour la dépollution des territoires attaqués par les hydrocarbures…

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Sans ramassage régulier, la jacinthe d’eau devient rapidement une menace environnementale et économique. D.R

D’autres débouchés en vue. En début d’année, le magazine « Jeune Afrique » révélait que GKA avait réalisé un chiffre d’affaires de 48 000 € en 2016. L’entreprise emploie aujourd’hui une quinzaine de personnes et compte s’attaquer aux marchés nigériens, ivoiriens et camerounais. D’autres applications issues de la collecte et de la transformation de la jacinthe d’eau sont actuellement dans ses cartons. Quant aux pêcheurs de Sô-Ava, ils se seraient réconciliés avec leur lac ! E.B.

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