Agrihood. Detroit se range des voitures

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Agrihood: un quartier urbain construit autour de l’agriculture ©DR

Santé, environnement, économie circulaire, innovation, lien social… On ne présente plus les bienfaits de l’agriculture urbaine ! Des bienfaits tellement évidents que cette activité, ou art de vivre c’est selon, commence à attirer des acteurs assez inattendus : les investisseurs, notamment ceux de l’immobilier ! La logique est simple : puisque l’agriculture urbaine profite aux populations, celles-ci doivent aussi bénéficier d’habitations appropriées. Dans ce cas, l’offre tient en un mot, « agrihood », autrement dit un quartier urbain, si possible aux standards écologiques, bâti autour de l’agriculture. Pour résumer, des bâtiments avec, au milieu, une ferme urbaine.

Au commencement était Detroit… C’est là, dans la ville du Midwest américain (Michigan) – fondée en 1701 par le Gascon Antoine de Lamothe-Cadillac – qu’a commencé l’aventure, avec la présentation / inauguration par la municipalité, en novembre dernier, d’un petit secteur dénommé « Agrihood ». Un projet mené à l’initiative de la Michigan Urban Farming Initiative (MUFI), association 100 % volontaire, sans but lucratif… Mais il n’est pas unique, sous cette dénomination en tout cas. Plusieurs autres villes américaines proposent aussi, aux investisseurs comme aux futurs résidents, des « agrihood », comme on le voit dans des publications spécialisées telles que Forbes.

Un naufrage d’une violence extrême. Autant d’éléments pourraient inciter à voir les « agrihood » comme une nouvelle manifestation de la « gentrification » des milieux urbains, pour le bonheur des bobos, au détriment des plus modestes. Difficile de dire ce qu’il en sera à terme. Quoi qu’il en soit, il faut le savoir, les concepts d’agriculture urbaine et (donc) d’agrihood reposent sur une tradition historique qui a peu à voir avec l’hédonisme et beaucoup avec la souffrance, celle qui a marqué la ville de Detroit, l’une des pionnières de l’agriculture urbaine, voire « LA » pionnière. Surnommée « Motor City » du temps de sa splendeur, Detroit rima longtemps avec secteur automobile, abritant entre autres les sièges sociaux et les usines de trois géants : General Motors, Ford et Chrysler. Et puis, elle sombra sous l’effet de la crise, de la mondialisation et des délocalisations. Un naufrage d’une violence extrême : suppression de centaines de milliers d’emplois, criminalité record, pauvreté, exode des populations… Résultat, Detroit – où naquit Diana Ross, Francis Ford Coppola, Alice Cooper et le label Motown (rien que ça !) – se déclare en faillite en 2013 (18,5 milliards de dollars de dettes)…

Une question de survie. Conséquence, la population qui n’a pas fui ces territoires de désolation, frappée de plein fouet et tenaillée par la faim (disparition des commerces), va investir des lieux publics. Elle va y pratiquer une activité à la fois traditionnelle et innovante : l’agriculture ! Selon les estimations, plus de 233 km2 sont alors considérés comme inoccupés, vacants. Quant à la municipalité, elle encourage le mouvement, ayant déjà par le passé misé sur l’agriculture urbaine comme facteur de paix sociale. Mais dans un autre contexte. C’était en 1970, quand le maire Coleman Young avait lancé le programme « Farm-A-Lot » (permis délivré aux habitants pour cultiver un lopin de terre dans leur quartier). A l’époque, il s’agissait (déjà) d’affronter l’émergence de la crise, les tensions raciales, l’exclusion…

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Favoriser le lien social et le partage de bonnes pratiques ©DR

Un nouveau départ ? Aujourd’hui, les surfaces libérées laissent possible l’installation de fermes agraires… Sur le terrain, les initiatives abondent pour organiser le phénomène comme par exemple via le Detroit Garden Ressource Program (échanges, bonnes pratiques, lien social, événements…). Les obstacles ne manquent pas non plus, allant de la pollution des sols au lobbying toujours intense – toujours selon les observateurs – de certains constructeurs automobiles pas forcément d’accord avec cette vision de l’avenir. Cela dit, Detroit, d’une manière globale semble repartir, avec une évolution à la hausse de ses indicateurs (chômage, stabilité de la population…). Au point d’être aujourd’hui surnommée « Comeback City ». L’agriculture urbaine y prend sa part, avec un nombre estimé de 1 600 fermes urbaines, de tailles et d’activités diverses. La MUFI, elle, qui depuis sa création en 2012 a redistribué gratuitement 22 tonnes de produits, s’investit en outre dans la rénovation de petits bâtiments, en partenariat avec des privés, tels BASF et Sustainable Brands (communauté d’investisseurs pour « un monde meilleur »).

« Free produce ». Dans le détail, son projet Agrihood, (achevé en mai prochain) situé à Detroit dans le quartier de North End s’étendra sur un peu plus d’un hectare. Dans cette ferme seront cultivés plus de 300 espèces de légumes et quelque 200 arbres (pommiers, cerisiers, pruniers, poiriers), le tout destiné gratuitement à une population proche d’environ 2 000 personnes (« free produce to the neighborhood »). Au sein de l’espace bâti, on pourra trouver le siège de l’association, une salle de réunion, de la restauration (au profit de l’association), un lieu pour les enfants… Et de l’huile de coude à profusion ! GRDV

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2 commentaires pour Agrihood. Detroit se range des voitures

  1. THEVENIN Grazia dit :

    Excellent article très intéressant vous devriez en envoyer un exemplaire à ces messieurs dames qui se présentent aux présidentielles. Qu’ils sachent que des solutions simples existent encore faut il qu’ils comprennent l’intérêt d’une telle démarche !

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  2. burie2015 dit :

    Merci de votre commentaire ! C’est vrai qu’il s’agit d’une question politique, dans la mesure où elle concerne, entre autres, l’écologie, l’aménagement, l’économie circulaire mais aussi la santé et le lien social. Les prochaines équipes dirigeantes nationales pourraient prendre des mesures incitatives pour favoriser ce type d’initiatives. Mais il appartient aussi aux responsables locaux sur le terrain, ainsi qu’à toute personne intéressée, de leur faire connaître ces enjeux.

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